jeudi 24 septembre 2015

Glandeurs et des cadences à la Drei Zinnen.

Il n’est pas facile d’écrire une annonce… Qui annonce que, grâce l’action d’un groupe de volontaires, un circuit a été rénové et qu'il est à présent ouvert à tous. J’ai essayé, voulu faire de l’emphase sur la beauté du dévouement, flatter la belle action des volontaires, faire des amabilités aux partenaires doués de conseils avisés, et enfin remercier les courageuses bosseuses et courageux bosseurs anonymes qui ont travaillé d’arrache pied pour qu'on ait quelque chose à se foutre sous la main… Mais très vite, j’ai abandonné faute de méthode, d’originalité, étant incapable de dépasser plus de deux phrases de banalités endorphines. Puis un jour je suis tombé sur une œuvre, celle d’un maître de l’annonce, et ça a été l'inspiration. 



Pour commencer, j'ai découvert qu'une bonne annonce doit d'abord commencer par une pique acerbe envers des personnes qui veulent bien la prendre pour eux : probablement des méchants râleurs jamais contents. On peut car on est entre personnes biens. Puis, comme il est bon de mettre du contraste, c'est à dire pousser les blancs en opposition du noir, aussitôt après on vante le caractère véritable de cette initiative collective, puis on se félicite de l’organisation irréprochable, et enfin on évoque le mérite des participants dont il n’est pas mauvais, d’en faire une liste... Si possible, interrompue par des points de suspension pour donner l'impression que les participants étaient trop nombreux pour les nommer tous (L'avantage de cette ruse, c'est que l'on n'est pas porté à s’interroger de la validité de cette liste : car pourquoi en aurait-on rajouté, puisqu'on voit qu'ils ne sont pas tous nommés). Et pour terminer : une bonne petite formule de politesse, digne d’un prélat romain qui s'adresse à sa troupe. Voyez plutôt :" Que tout ces gens en soient remerciés ". Car c’est ainsi que l’on parle, quand on veut faire savoir que celui qui tient la plume est l’instigateur de cette belle initiative, et le chef, au service de tous. En tout cas, vu le niveau, haut dans l'azur, j’espère que je saurais être, moi-même à la hauteur...  

Voici à présent le récit de notre petite entreprise à la Drei Zinnen, à la mode de " c'est nous ".

 « Malgré l’esprit chagrin de ceux qui ont prédit qu’on n’y arriverait pas, nous sommes heureux de vous annoncez l’achèvement de la réfection du circuit Bleu de la Drei Zinnen, ainsi que la création d’un circuit orange que tout le monde attendait sans oser le demander ». Voila pour l’intro et son sous entendu indispensable, qui montre qu’on n’est pas des rigolos. Je continue « Pour parvenir au bout du projet, il nous a fallut pas moins de trois années de labeur : la mousse, le froid, la pluie et la chaleur ayant considérablement compliquées l’avancement des travaux. En effet, on ne compte plus les épaules démises, les coudes meurtris, les pleurs de découragement à brosser les innombrables voies, parfois fortement acrobatiques et dangereuses à nettoyer. Mais quelle récompense lorsqu’on voit, la formidable satisfaction se dessiner sur les visages crémeux de nos modestes Silvains de la forêt ; ceux qui veillent depuis l’éternité sur la bonne marche de Bleau, et qui savent, lorsqu’ils sont de bonne humeur, contenter les humbles travailleurs de beaux compliments comme on donne une carotte à un âne que l'on veut faire avancer  ». 

Le style n'a pas changé... 

On remarquera les superlatifs et les flatteries politiciennes qui semblent nécessaires à tout bon compte rendu de chantier. Cependant, je crains de ne pas en avoir fait assez. Véritablement, il faut que je sois moins timide, plus l’air satisfait de ce que nous avons accompli pour le bonheur des autres. Aussi je continue de plus belles...
 « Tout ces travaux, forts nécessaires et complétés d’un nombre considérable de voies nouvelles, ont fortement embelli les lieux et rendu plus attrayant l’escalade. En toute modestie, amis les travailleurs, accordez-moi le le plaisir de vous remémorer la genèse de notre belle aventure : vous vous souvenez, c'est Jean Yves qui en a eu l’idée : Et si on faisait au club une action peinture ! Et son auditoire a répondu : pourquoi pas, c’est une magnifique idée ; et Pierre, notre guide à nous, voyant s’enflammer de bonheur les visages de ses administrés, a déclaré d’une voix de prophète : Ok, on y va ! On se l’organise cette journée de peinture à Bleau. Et de là, est né l'impatience de nos licenciés, d'en découdre avec les éléments hostiles...   Cependant, même l’accomplissement d’une belle œuvre, impose quelques devoirs mondains. Par exemple de consacrer quelques cierges à l’autel des églises locales... Là, Je vous épargne les détails de mes requêtes auprès du service de l’état, gestionnaire de la forêt, et de mes suppliques auprès de l’organisme détenteur des sous… Mais au bout du compte, ça s’est passé plutôt bien. Car contrairement à ce que laissait envisager l’épouvantable description que l'on nous fit des ogres de la forêt. Après une visite cordiale avec l’agent responsable, pas si méchant que ça, l’ONF a sans tardé, acceptée le projet d’un nouvel orange dans les Trois Pignons. Comme quoi, ce qui se dit, et la vérité, ce n'est parfois pas pareil. Mais par contre, pour l'aide financière, ç a a été beaucoup plus long et compliqué. Et j'étais à deux doigts de me foutre en bas du viaduc des Fauvettes lorsque, le Cosiroc consentit, après mures réflexions à la vitesse du oui, de prendre à son compte le coût de la matière d’œuvre. Comme quoi, même les personnages placés, tels les Dieux de l’Olympe, en haut dans l’azur, peuvent de temps en temps écouter nos humbles prières ânonnées avec ferveur ». 


Les images sont des vues partielles d'un document qui présentait le circuit rouge  "montagne" fraîchement peint par Yvon Le Tiec, en 1958.
Le bleu actuel a repris trois ou quatre voies de ce vieux circuit, quelques flèches sont encore apparentes.

Là d’accord, j’ai un peu exagéré, mais il faut voir que certains mécréants avaient prédit un silence éternel du côté des responsables en chef : nous aurions eu tord de les écouter une fois de trop. Maintenant distribution des bonbons au miel. Et à moi l’honneur de les donner puisque c'est moi qui tient la plume (Bien qu’il n’y ait eu, à proprement parler, d’instigateur unique à cette réalisation. « Durant toute la durée des travaux, l’ambiance a été bonne, plaisante et sans fatigue nerveuse, aussi je dois remercier sincèrement tout nos amies : Yann, Brigitte, Philippe Premier et sa compagne qui est venue malgré sa blessure au genou, Philippe II et sa brosse spéciale en courbe pour les coins difficiles, Pierre notre chef adoré, Pascal venu en curieux, Catherine qui suivait Pascal, Sandrine ; ainsi que la grande Catherine et son petit amour, Emmanuel, Nathalie, Pascale, Sandra, Sébastien, Nico et j’en oubli. Bref un vrai bataillon de brosses et de pinceaux, qui a su comme un seul homme, travaillé avec le souci de perfection en totale harmonie avec l’objectif commun : Développer mais durablement ». Je précise cela, car j’ai remarqué qu’il n’y a pas de bon projet, sans placer quelque part l’expression « développement durable ». Car sans ces deux mots magiques, vous ne pourrez être pris au sérieux, pas une attention ne vous serra accordé, bien que nous ayons toujours fait, et depuis fort longtemps, du développement durable sans le savoir. En somme, avant même que l’expression fut inventée par quelques savants technocrates qui ont apprit dans les grandes écoles à réfléchir. C'est pourquoi que tout va bien pour le mieux chez-nous... Maintenant, je vais ajouter une note personnelle, un bel remerciement aux gens de bonnes intentions que nous avons invité à appliquer sur le terrain  leurs fameuses bonnes théories sur le bien faire. Car ces gens là, on les adore plus que Dieu, le père des eaux. Mais hélas, être sur le terrain est une d’épreuve qui exige des sacrifices qui peuvent provoquer, même chez les plus vaillantes volontés, des fatigues immenses et inopportunes avant même de pouvoir y consacrer une minute. Ce mal est puissant comme un Hercule, et nos invités y ont succombé, comme on succombe d’une fièvre subite à la vue d'une rimaye béante. Ce n'est pas de chance ! Mais qu’ils soient assuré de notre compassion, qu’en au mal terrible qui a stoppé leur élan...  « Oui, que tous ces gens en soient remerciés ». (1)

(1) Remerciements adressés aux glandeurs qui croient que : chapitrer, médire, dénoncer, condamner, stigmatiser, contredire, décrier, ergoter, c'est agir...

1 commentaire:

  1. Un grand bravo à toutes et tous et JJN en particulier pour son article. Nous avons parcourus ces 2 circuits avec plus ou moins de bonheur mais dans l'ensemble, ils sont vraiment bien et ce très vieux site méritait largement ces efforts. Allez, juste une petite remarque, pour peindre les numéros et symboles à côté des anciens ou des provisoires ? Visuellement, c'est pas toujours très esthétique... mais comme le provisoire a dû être fait selon les règles de DD, cela va pas durer ;-) En tous cas, merci... Et on est sincère !

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