vendredi 1 avril 2016

Canard d'Orgueil...

   
  Avant Propos :
   
    - Jamais je n’aurais pu imaginer, de ce que j’en ai fait de ma passion pour Bleau, pouvait à ce point rendre malheureux une personne. Voyer plutôt : « Bref, ce genre d'agression venant d'un gars qui prétend être à l'origine de presque tous les circuits et leur topo, revendique régulièrement la paternité de voie nouvellement introduite dans les bases de données et les rebaptise à foison, je dis LOL, MDR, PTDR.... mais pas crédible ». Car aucun doute que cette personne en souffre plus qu’elle n’en rit en réalité.

    - De quelle agression parle cet anonyme qui semble justifier sa colère et sa manière de l’exprimer ? Rien de plus que celle de lui avoir reprochée, l’instant d’avant, de ne pas se présenter lorsqu’il interpelle avec hostilité une personne sur le Web. Le mieux aurait été de laisser cet anonyme à sa rancœur contre laquelle je ne pouvais rien : cette personne sans visage qui a peur de son nom et de ses mots. Mais comme dit un ami : « à ces fantômes masqués du web, à ces délateurs de l’inutile, je leur pardonne leur mauvais travers, tant qu’ils ne se mettent pas au travers de ma gorge ». - Là, j’avoue que ça ne passe pas, j’ai comme on dirait : une boule de chagrin qui me tient au gosier, et j’ai bien peur, qu’elle reste coincer encore longtemps. Aussi, contre tous conseils d’amis, qui voient un petit crachin là où je ressens les ressacs de la tourmente, j’en répondrais quelque chose pour tenter de lui faire entendre à cette paire d'oreilles mal embouchées, un autre son de cloche que celui qui lui passe par la tête. Et tant pis si l’humour lui est hermétique.

(Pour la suite, il faut environ 10 à 12 minutes. Oui, c'est long et difficile...).


    A Bleau, le paysage ne fait pas d’épate. Le Rocher y est désespérément gris ou verdâtre. Même le soleil couchant a du mal à lui donner une couleur qui tient chaud, à peine une teinte rosée tenue en laisse, et pourtant il nous prend aux sentiments. C’est aussi qu’à cet instant, le ciel a l’habitude de prendre toute la scène, de faire le beau, tant l’on ne voit plus que lui, derrière les bouleaux dégarnis et la découpe sombre des rochers qui s’estompe. Mais qu’importe qui récolte l’attention, le ciel ou la terre, à l’homme doué de passion, la charge émotive sonne dans ses entrailles comme un tocsin. « - Quoi, c’est déjà l’heure de rentrer ! » avec cette raisonnante de caverne dans l’âme qui semble murmurer : « Putain que le temps est mauvais ! Encore une belle journée de foutue avalée par les ténèbres » !

C’est un vieux qui veille sur ses souvenirs qui vous le dit : Qu’il est dur parfois le soir venu, de sortir de son rêve. Peut être que vous ne le savez pas, mais le bonheur appartient aux gens qui se lèvent tôt. Et sitôt su, j’en ai usé des réveils-matin pour être de bonne heure au rendez-vous. Mais tôt ou tard, le bonheur il faudrait bien s’en déshabiller, le raccrocher au clou comme un messie, avant d’aller se coucher. C’est bien simple, moi qui bientôt connaîtrai mon dernier soir, je peux me vanter d’en avoir connu des aubes pleines de promesses, et des crépuscules désenchantés qui recouvre d’un linceul noir nos plus beaux jours. Oui, je peux dire que j’en ai connu des journées de bien-être à Bleau, d’un coup parties en miettes comme un feu d’artifice, et qui vous laissent à la dernière étincelle de lumière, désœuvré, mais avec cette impatience raisonnable de revenir sitôt possible battre la semelle sur les pavés, même sous un soleil frileux s'il le faut. Ainsi, longtemps j’ai pisté, les moments présents à Bleau ; et à chaque moment, pisté le présent à la trace, en humant l’air de plaisir, comme un fauve en chasse se délecte d’avance de son festin. Pour sûr, une telle fidélité au grès a ses raisons. Ce qui signifie que le grimpeur a de très bonnes raisons pour être fidèle au grès. Sûr, je ne compte plus mes retours à Bleau, comme on retourne chez-soi. Parfois, simplement pour paresser au soleil sur un rocher par pur bonheur de ne rien faire de son temps, mais le plus souvent pour se frotter aux cailloux, un peu comme un chat câlin manifeste sa tendresse sur les chevilles flatteuses de sa maitresse. Dit, on a bien le droit de temps en temps, de se faire une petite ligne pour le plaisir.

Mais parfois, il y a des gens que le bonheur des autres, ennui. Il suffit qu’on vous voit satisfait de ce que vous avez fait de votre temps à Bleau, pour qu’aussitôt on vous rabatte les ailes sur le dos. C’est bien simple, je ne serai compter le nombre de blocs que j’ai brossés, et les escalades nouvelles léguées, les pistes remises « prise en main » à mes semblables. Et bien, il n’y a pas si longtemps, un homme trop sérieux qui mesure son plaisir avec des nombres, a dit que je m’en comptais trop des rochers ; qu’en somme, il en serait passé sous mes chaussons, moins de bloc que prétendu. Et pour tout dire, que j'en aurais dérobé un bon nombre pour les mettre dans mon écrin (1). En somme usurpé mon identité. (2). Quel monde impitoyable tout de même Bleau, avec ses vengeurs masqués, ses chérifs au firmament, ses bandits de grands blocs ! –Entre ceux qui font, et ceux qui les regardent faire, c’est comme jouer au gendarme et au voleur : une erreur, une faute, un manquement… Et hop on vous attrape, on vous montre du doigt, puis c’est la pénitence en enfer… Vous savez, cette sorte de prison de l’esprit. Car depuis que l’on sait que je suis un « voleur de blocs », l’orgueil en miette, déplumé de ma superbe, je traine ma honte à Bleau comme un fardeau. Je rase les rochers à l’ombre, je fréquente les pistes où personne ne me connait. Un sacré caillou dans ma chaussure... Oh le Pauvre Petit Canard Boiteux qui nous fait son Calimèro (3) avec ses jérémiades de volaille placardée sur le billot du boucher. Au prétexte, d’une petite blessure narcissique au talon.



    J’avoue, j’ai effectivement fauté. J’ai autrefois noté mes escalades sur un carnet, j’ai collectionné, à fond la brosse, les pistes comme des décorations d’anciens combattants : un passe temps comme un autre qui rend service aux autres : c’est mon laissé-tracé... Mais de cette comptabilité de niveau élémentaire, que peut-il bien en ressortir avec les années : des chiffres fameux, des lettres de noblesse... Si vous êtes un grimpeur comptable, vous ne pouvez pas répondre comme je l’attends, car vous croyez encore que tout est sérieux ; que les nombres, il y a que ça de vrai. Mais pour les autres, ceux pour qui le nombre dépasse la mesure, qui ne veulent pas en voir dans leur loisir, jamais ils ne satisferont d’un bilan comptable de leurs escalades et du temps rentabilisé à jouer avec le rocher. Croyez-moi, sauf pour quelques malheureux qui ont leur âme qui macère dans du vinaigre, ce que vous retiendrez de toutes vos belles réussites avec les années, c’est ce que vous avez vécu, c’est ce que vous avez ressenti des joies et des émotions. Car voyez-vous, à Bleau, les nombres sont leurres, et ne valent rien à la dernière heure. Qu’importe, la valeur en degrés, ce qui compte c’est la joie de réussir ce qui vous semblait impossible. Aussi il n’est pas besoin de s’inventer des prouesses comme d’autres des mérites pour être heureux. De nombre, en gros j’ai dû brosser trois mille lignes nouvelles. Non moins, non plus ! L’un le sait, mais moi je ne sais pas. Je sais seulement que selon l’estime de mon accusateur anonyme, c’est beaucoup trop pour un seul homme. Mais qu’importe le nombre, ce que je peux dire, avant que mes yeux se remplissent de terre et perdent leur détresse - celle de perdre, jusqu’au moindre, mes bons souvenirs - c’est que cela m’a amusé, rendu heureux, permis de contempler en divers lieux de la forêt, des soleils se prélasser dans des bains de sang et regarder les chevaux du temps s’y abreuver…

    Ce texte en témoigne, communier avec les cieux et en jouir seul, ça va un moment. Un bonheur ne peut-être parfait sans partage des tâches. Aussi, j’en ai partagé des rêves d’aventures avec les copains, même si aujourd’hui, ils m’abandonnent à mes cauchemars. J’ai fait bien des efforts pour vous faire comprendre qu’il faut en finir avec la comptabilité de l’inutile, que le plaisir de grimper à Bleau, s’évalue très bien avec les sens, la couleur, les odeurs, l’amitié. Et pour ce qui est de rendre comptes de mes milliers de jours que j’ai passé dans cette forêt à me frotter au rocher, c’est qu’à mon insu il a affûté mon âme. Et que je m’en sers aujourd’hui pour lacérer mes souvenirs en lambeaux avec l’espoir d’en faire une banderole multicolore de fête de village… Vous l’entendez gémir, pousser des soupirs… Sachez, monsieur le compteur des blocs, que quand on aime, on ne compte pas, on veut que cela soit sans nombre, une infinie de fois, innombrable et éternellement.

    Je sais ce que l’on va encore dire, que je suis bien morose pour un homme qui parle de ses joies. Que derrière mon nez rouge grotesque, il y a un nez qui coule. - C’est que j’aime l’ambivalence, celle pareille au déclin du jour qui déborde de lumières trompeuses entre Ange et Diable. Me croirez-vous, si je vous dis qu’à cet instant, monté sur un rocher pour surprendre la scène du corps à corps céleste comme un voyeur, je suis comme à l’unisson avec l’horizon qui file sous le soleil ; et en même temps, l’œil humide, je me délecte de son amertume. Il n’y a pas de bonheur parfait, sans un pincement au cœur de peur de le perdre… Et tant pis, si l'humour de ce texte apparait hermétique aux grossiers.



    Bien sûr, le plus souvent les journées s’éclipsent en toute discrétion ; en des crépuscules humbles, sans tapage nocturne avec à peine une teinte rosée pour vous offrir l’ivresse. Mais à Bleau, compter toujours sur un détail charmant pour vous retenir dans le magique. L’autre soir, souvenez-vous, sur le retour d’une belle séance, un tapis de réception sur le dos et des courbatures en échange d’avoir eu le bonheur de réussi un nouveau bloc juste avant que la pénombre vous fasse perdre les prises de pied, lorsque tout d’un coup, vous apparaît le grain de sable qui grise, la petite goutte acidulée qui fait déborder la coupe. Oui, là entre les arbres, dans l’axe du sentier du retour, une étoile se montre. Si présente qu’elle semble vous fait du tape à l’œil comme michetonneuse qui veut vous emmenez au septième ciel. Puis, comme vous êtes perspicace, sensible au charme, en un clin d’œil, vous découvrez que son éclat résiste drôlement bien, au dessus du cercle parfait de la lune insolente de lumière. Et là vous vous dites : « Tient Jupiter a mis son point sur le i ». Peut-être n’en avez-vous rien dit. Mais pour sûr, vous n’en avez pas moins ressenti. Car vraiment, qui n’a pas connu, semblable impression : d’être durant quelques minutes dans un monde parfait, d’être comme cette fausse étoile qui vous fait de l’œil, à la bonne place... A Bleau, ça devrait vous arriver. Parfois, pour m’amuser, je me dis que j’ai eu de la chance. Que le destin, sous l’apparence d’un philosophe (4), m’a offert Bleau parce que je n’avais rien, et que j’ai accepté ce don, en échange de ce que Bleau m’a apporté : beaucoup, à la folie, énormément. Allez comprendre après ça, pourquoi j’ai le sentiment d’avoir fait une bonne affaire… Bon, il est tant que je cesse de phraser avant que vous fassiez comme les autres, de laisser l’affaire en route. En tout cas, j'espère mes chers compagnons de fortune qui sont allé jusqu’au bout du jeu, que vous avez compris que ce qui compte, ce n’est rien d’autre que les innombrables instants volés à la Forêt enchantée : butin pour ma part, que j'ai cherché à restituer aujourd'hui, grâce en fin de compte à mon détracteur-moqueur et dont je ne connais pas le visage. Quel drôle d'oiseau tout de même !

Texte pondu par Caliméro, ce jour de Pâques 2016 (Révisé et étoffé ensuite).
(1) Comprendre " Profil Perso " du site Bleau-info. 
(2) D'après un message laissé sur bleau-Info par un anonyme.
(3) C'est en canard malheureux que l'on me représente sur le TL2B (Pas vexé, plutôt amusé, et surpris qu'il puisse avoir de l'humour sur un site fait pour ne point en véhiculer).
(4) C’est un philosophe qui m’a fait découvrir l’escalade et Bleau.

4 commentaires:

  1. Le poète a toujours raison
    Qui voit plus haut que l'horizon
    Et le futur est son royaume
    Face à notre génération
    Je déclare avec Aragon
    Que Pépèt est l'avenir de l'homme.
    (texte emprunté à Jean Ferrat)

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  2. Quel est donc ce sadique qui pleur de joie quand arrive l’horizon funèbre au déclin de la dernière heure du jour. Comment peut-on se délecter de son sang qui se déverse en flot sur la campagne résignée à disparaitre dans le noir : La pauvre, vous l’entendez craquée comme si on lui brisait l’échine : les vers de terre et les rapaces ont déjà commencés leur festin. Le soleil a disparu sous l’horizon, stupeur les ombres maléfiques sortent des grands arbres : vision macabre d’une belle journée mise terre comme un cadavre. Malheureux, qui a envie de rester pour regarder des miettes de lumière dans le ciel noirâtre, dont l’office est de nous montrer que les ténèbres sont insondables, qu’on dirait que quelqu’un aurait pris la précaution de nous mettre suffisamment loin des autres mondes, pour ne pas qu’on aille les bousiller comme le notre. Mais ne pensons pas à ça. Pour nous distraire, Jupiter a mis son point rouge sur le i de nuit. Oh, la belle affaire, qui ne nous rapporte rien. Lui il s’en fout, son temps ne compte pas pareil : une année à lui, vaut douze des nôtres. Avec ça en atout, il peut toujours frimer à tourner comme toupie, histoire qu’on le remarque aussi. Mais moi, ça ne m’amuse pas. Tous ces points en désordre dans le ciel comme de la poussière sur une étagère. Puis, à bien regarder, on s’ennui comme un mort vivant. C’est pareil alors que ça bouge tout le temps. Ce mouvement incessant et inutile, ça me donne le tournis. Contemplez, contemplez, puisqu’un rien vous occupe les yeux. Moi, je vais plutôt aller me coucher pour être en forme demain à Bleau. Duel, ça vous dit ?

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    1. Magnifique ce commentaire ! Bravo à son auteur.

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  3. Magnifique effectivement! Jamais je n'aurais pensé lire une telle chose de Bleau.

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