mercredi 11 mai 2016

TRÉPAS.


   ... Aujourd’hui, dans ma tête grouillent des cafards en habits noirs. Ils vont derrière un corbillard, ensevelir dans la terre humide, mes viscères meurtris... Un ami est parti au delà des monts. La dernière fois qu’il a levé son pied pour le poser sur une prise, il avait 78 ans. Le lendemain, il n’a pas pu aller à Bleau car le mal lui prit durant son sommeil de virer son âme à gauche... 
(Compter 4 minutes environ de temps perdu pour déchiffrer intégralement cette déraison funestre).
   Lorsque la ténébreuse lui a secoué l’épaule et lui a demandé de la suivre, il a juste eu le temps d’ouvrir les yeux pour voir une sorte de brouillard arriver ; puis il a fait relais pour toujours, après avoir franchi brillamment, le pas particulièrement casse gueule conduisant d’un sommeil à l’autre. De mauvaises langues disent qu’à présent il doit faire de la spéléo en direction de l’enfer. De bonnes langues disent, que lui bon vivant, les dieux rigolos l’ont invité à leur table. Quoi qu’il en soit de la direction de son ultime voyage il ne sera plus avec nous pour nous faire rire le dimanche, quand nous faisions autour de lui un grand cercle de sourires, nos yeux accrochés à ses lèvres accablées d’une moustache broussailleuse et ridicule. Ô combien on la surveillait sa moustache à l’heure des « raconte », car quand nous la voyait se souligner vers le ciel, à obstruer les trous de son grand nez, nous savions l’éclat de rire éminent : le sien puis le nôtre juste après. Un éclat de rire souvent nerveux, mécanique comme un haut le cœur, tant ces histoires étaient ignominieuses, et poussaient au plus cruel l’obscénité : des mignons et des mignonnettes enchâssés au ras des bourses dans des aventures pécheresses avec plein de queues entre les jambes et plein de têtes à hauteur de mamelons. Car dans ses histoires, toujours il était question d’amour glacé fait à la main et d’eau fraiche pour le Ricard. A croire que les bons vivants sont toujours des gens grossiers. 

   Parait-il qu’il a eu une belle mort, une mort comme tout le monde en rêve, une mort Rolls Royce après avoir roulé toute sa vie en carriole de bohème, et ça jusqu’à sa dernière cabane. Pensez-vous, la veille encore il se tapait encore la Marie-Rose. Pas toute jeune non plus celle-là, mais qui est, comme la michetoneuse à la voiture bleue, depuis longtemps l’incontournable du Cuvier, la brune à l’abdomen plissé contre lequel les seniors aiment se frotter pour se convaincre qu’ils sont encore vigoureux : ce qui n’empêche pas les carottes de cuire. Combien d’entre-nous pourront-ils en faire autant dans dix ou quinze ans, dans l’hypothèse où nos os sauront résister à la paresse pathologique du vieillard qui manque d’envie de faire quelque chose, au prétexte que ça fatigue. Je vous rassure, pas de tel symptôme chez les vieux du club,  toujours parti par monts pour faire de l’escalade ou par vaux pour faire du golf. Que Dieu soit témoin de leur aversion pour l’immobilité parfaite, même temporaire et prémonitoire. En vérité, je doute quant à moi, que nous arrivions tous à conserver une telle vitalité durant seulement cinq ans, quand je vois comment certains autres sont en peine de lever leur pied à hauteur de genoux : la cuisse heurtant leur ventre flasque dans lesquels se perd l’élastique de leur culotte débordant d’ourlets graisseux. Je ne parle pas, évidemment de nos charmantes petites grosses du club. Car il me reste assez d’élégance pour ne pas souligner les méfaits du temps qui passe sur elles, qu’en vérité je ne saurais imaginer, lorsque je les vois aujourd’hui, la taille fine, comment elles évoluent avec grâce dans les longueurs en six sup. A en être jaloux de leur talent, si j’en étais démuni. Les femmes de notre club sont assurément son avenir, et moi leur chantre jusqu’à ma dernière heure…



Avis aux lecteurs. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé, des événements ayant eu lieu, n'est que pure coïncidence. Ce texte ayant été écrit après avoir lu ce passage qui semble évoquer mon trépas prochain : « Et rassurez-vous, le temps aura raison des quelques balises de l'ex-poussin laissées ici et là ! »

2 commentaires:

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