samedi 21 février 2026

Heureux qui voit une éclipse solaire (Une invitation au voyage)

    Si j’ai écrit ce petit article particulier, qui n'a rien à voir avec notre sport, c’est pour tenter de vous convaincre de venir assister après le camp d'été à l’éclipse totale du Soleil par la Lune qui aura lieu en Espagne le 12 août 2026. Vous devriez en profiter car il est rare que ce phénomène astronomique formidable ait lieu dans notre région du monde, bien qu’il soit assez commun puisqu’il se produit tous les sept mois en moyenne. Il convient que je vous précise que, pour jouir pleinement du spectacle inouï que représente une éclipse totale du Soleil, il faut obligatoirement se tenir au cœur d’une ligne appelée : l’axe de la bande de centralité. Plus précisément, il faut être à l’intérieur de cette bande en fait assez large, peu avant le début du spectacle comme pour une pièce de théâtre, afin de pouvoir observer, lunette au nez, comment la Lune, alors invisible comme le truquage d’un tour de magie, d’un coup se révèle à son public en une minuscule encoche sur le soleil, aveuglant de splendeur si la météo est bonne. (Il faut des lunettes spéciales pour le voir afin d’y croire).


       C’est le premier contact, comme disent les initiés : contact purement symbolique qui fait qu’il est beau comme un amour platonique. Car c’est ainsi que commence l’aube de la drôle de nuit, celle pour laquelle des milliers de fous d’éclipse attendent depuis des mois et pour laquelle, ils sont venus des quatre coins du globe. Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis des heures déjà ces gens vivent avec cet espoir brûlant dans l’estomac qu’aucun des nuages disséminés dans le ciel, ne vienne masquer tel un rideau, la scène où se jouent les épousailles entre la Lune et le Soleil. C’est pour ça que l’apparition de la petite encoche apporte son pesant de joie, bien visible sur les regards souriants des observateurs présents. Il est difficile d’imaginer à partir d’une froide description mécanique d’une éclipse comme donnée dans les livres savants tout le désordre adorable qu’elle provoque dans le système limbique des spectateurs.

    En effet, mécaniquement, après le premier contact, on peut voir toute la phase durant laquelle la Lune grignote peu à peu le Soleil au point qu’à un moment donné, il ne reste plus qu’un petit croissant, décroissant à vue d’œil. Mais là, quelle histoire de fou dans les têtes qui n’en croient pas leurs yeux. D’un coup, c’est le deuxième contact, c’est l’éclat de la beauté en mouvement éphémère comme une étincelle, celui qui vous touche en dedans, qui vous parcourt le corps comme une onde de plaisir. Bref, un truc où, en un instant, on sublime dans sa chair attendrie le sens du mot magnifique. Il m’a fallu assister à plusieurs éclipses pour que je parvienne à chopper dans ma rétine l’instant fugitif où la lumière semble rentrer dans le disque noir de la lune, comme aspirée en un point, pour aussitôt, en un éclair fulgurant réapparaître en une couronne figée, de laquelle il émane un tel éclat métallique qu’on dirait de la lumière liquide. Et pourtant, elle se meut, puisque scintillent dedans, çà et là, des petits points rouges ; exactement des petits rubis cosmiques dans les creux du bord dentelé de la lune. Là, le spectateur a environ trois à quatre minutes pour se régaler des lumières irréelles. À l’issue desquelles arrivent la gifle céleste, le tord-boyaux divin, l’ivresse vertigineuse : le retour de la lumière sur le monde qu’on appelle le flash à cause peut-être du flot d’acide qui passe en veine : un vrai feu d’émotions colorées à fleur de peau. C’est le troisième contact.

    

    En fou d'éclipse, j’ai essayé plusieurs fois de vous convaincre de devenir fou un peu comme moi, le temps d’une éclipse. Mais je crois que je ne parviendrai jamais à vous faire ressentir combien l’intensité de l’émotion est forte à ce moment-là. Il y a des gens qui disent que Dieu a choisi cet instant de beauté pour se révéler aux contemplatifs. Si ceci est plausible, alors cela signifierait que la souffrance révélerait l’existence d’un Dieu imparfait. Or, tout le monde sait qu’un dieu imparfait, ça n'existe pas. En tout cas, quelqu’un, quelque chose, a décidé que les hommes sensibles au beau méritaient de voir des éclipses et d’être touché par la grâce. Le spectacle n’est pas fin. Il reste le lent glissement de Lune sur le Soleil qui deviendra à nouveau invisible au quatrième contact (quelle drôle de nom pour une séparation, un détachement). Sauf, que comme à chaque fois que j’ai vu une éclipse, sitôt la lumière revenue, c’est le grand désœuvrement, une sorte de grosse fatigue accable les spectateurs. Et comme à chaque fois, quelque chose m’a incité à passer le coude de mon index sous la caroncule de mes yeux. Et comme à chaque fois, des perles de pluie ont glissées sur mes joues. C’est étrange pour quelqu’un qui prétend que la beauté rend heureux… Heureux ceux qui voient une éclipse.

    Je ne sais si je vous ai convaincu. Pour ma part, comme je suis allé au Niger, en Mongolie, en Chine, au Chili, en Australie, en Amérique du Nord, pour assister à ce spectacle merveilleux, ça serait fou que je ne cherche pas à aller en Espagne pour le 12 août. Mieux vaut arriver la veille. Pepito.


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