mardi 8 septembre 2026

Retour de flamme

 

Texte rédigé le 22 juillet, complété ensuite en fonction de l’actualité.

Vous le savez tous, malgré les restrictions sur l’utilisation d’outils qui produisent de la chaleur, malgré leur prudente fermeture temporaire, deux feux d’une ampleur exceptionnelle viennent d'emporter la végétation de près de deux tiers de la forêt domaniale des Trois Pignons et d'un dixième de la forêt de Fontainebleau, désertifiant au passage de nombreux sites, dits d’escalade. Même si la désolation que nous ressentons est à la mesure du paysage dévasté que sont devenus Les Trois Pignons, le drame est au-delà de nos sentiments et du regret des sites touchés, que les incendies nous interdisent de fréquenter durant quelque temps. En effet, le coup dur, c’est avant tout la destruction presque totale de l’habitat de milliers d’espèces animales dont la variété va des grands animaux remarquables aux petites bêtes grouillantes et invisibles qui, pour la plupart, ont été dans l’incapacité de fuir les flammes. Sans oublier la perte d'essences rares et uniques (Deux réserves intégrales ont été ravagées).

Si notre désolation trouve demain ou après-demain son apaisement, son remède, l’autre réalité à ne pas oublier, bien plus cruelle, est, bien que les incendies soient éteints, bien que la fraîcheur soit revenue, cette paix apparente ne permettra pas aux animaux survivants, privés de nourritures et d’abris, de revenir de sitôt. Il faudra du temps pour que la végétation se régénère, qu’elle fleurisse et bourgeonne à nouveau. (De quelques années à quelques siècles selon les essences). Cependant, à parier que d’ici cinq ans Les Trois Pignons retrouveront leur plein attrait verdoyant pour les humains, et qu’on retrouvera notre plaisir de nous y rendre. En attendant, il faudra nous habituer à ce dérèglement de nos usages, à devoir changer nos habitudes, peut-être même nos goûts… C’est-à-dire d'accepter de se rendre durant quelque temps dans les sites « ouverts » que nous négligions jusque-là pour diverses raisons. En tout cas, une chose est sûre, notre pratique sportive n’est pas en péril même si nombreux sont les sites « officiels » qui sont devenus des déserts de cendre, qui ont perdu leurs couleurs, qui sont entièrement désorganisés, du moins temporairement. Quels sont-ils exactement ? D'après l'interprétation des photos aériennes qui ont été publiées, nous avons établi la liste des sites touchés partiellement (colorés en orange) ou en totalité, (colorés en rouge) et classés par secteur géographique :

TROIS PIGNONS, CENTRE (Aire de stationnement Vallée Close) : Jean-des-Vignes, Rocher des Potets, Pignon 95.2, Gros Sablons et Pignon Poteau, Justice de Chambergeot.

TROIS PIGNONS, EST (Trois aires de stationnement) : Cornebiche, Drei Zinnen, Rocher de la Reine, Bois Rond.

TROIS PIGNONS, NORD (Trois aires de stationnement) : Gorge aux Châts, La Feuillardière, Le Télégraphe de Noisy, La Canche aux Merciers.

TROIS PIGNONS, OUEST (Aire de stationnement de Noisy-sur-École) : La Roche aux Sabots, Le Cul du Chien, Pignon 91.1, La Roche aux Oiseaux et La Ségognole.

TROIS PIGNONS, SUD (Aire de stationnement de La Vallée de la Mée) : Rocher Guichot, Le Diplodocus, Le Rocher du Général, Le Rocher Fin, La Grande Montagne, Le Potala, et de la J.A Martin et de La Cathédrale (Aire de stationnement de Rocher Cailleau).

il y a au delà de cette liste de nombreux autres secteurs des trois pignons non présentés dans Topo Bleau propices à l’exercice de l’escalade « hors circuit » qui ont été touchés par le feu, tels que le Rocher des Souris et du Guetteur.

 

FORÊT DE FONTAINEBLEAU : Gorge du Houx et Mont Aigu, Les Gorges d'Apremont

 Là aussi, il y a de nombreux autres secteurs de la forêt propices à l’exercice de l’escalade « hors circuit » non présentés dans Topobleau qui ont été touchés par le feu. Entre autres les Rochers de la Salamandre et de la Combe.


Partie ajoutée le 2 sept

Pour l’heure, après une période d’interdiction totale, 80 pour cent de la forêt domaniale de Fontainebleau est rouverte au public. Pour fêter cela, plusieurs reportages ont mis en scène des gens qui semblent avoir oublié d’un coup le drame contre la nature, parce qu’ils ont retrouvé leur bout de forêt intact, retrouvé leur bonheur d’y être, leur innocence visible sur leur visage, à leur béatitude qu’ils respirent à pleins poumons en regardant le ciel. Ces gens qui se prêtent à cette comédie poudre aux yeux me désolent : il y a tellement d’égoïsme autour. La vérité, il convient de la dire, est que la plupart des grimpeurs regrettent bien davantage la perte du paysage qui les entourait lorsqu’ils se rendaient en forêt pour pratiquer leur sport que d’avoir perdu une grosse partie de leur terrain de jeu. La forêt étant l’amie qui les accompagnait toujours durant leurs sorties, l’amie qu’ils aimaient revoir bien souvent pour elle-même. Si certains en étaient encore à douter que la forêt puisse être comme une compagne de vie, ils ont découvert leur sentiment, son emprise sur les âmes avec le drame qui l’a abîmée. Pour eux, ils ne sauraient retrouver demain leur satisfaction de grimper entourés d’arbres calcinés. C’est impensable. Cela arrivera peut-être quand la forêt retrouvera un peu de sa beauté, quand manifestement, il la verra en train de se ressusciter sans l’ombre d’un doute. Quand ? On ne le sait pas encore. Ce qui est certain, c’est que la forêt se réparera toute seule, ou avec l’aide des hommes. Et que l’on peut d’ores et déjà se demander quelles actions nous pouvons mener pour aider le regain de la forêt.

Je pose cette question au souvenir qu’à peine les feux circonscrits, certains esprits se sont échauffés dans le microcosme des " Bleausards", déclenchant de vives réactions dans les métias : certains se présentant en gardiens des bonnes pratiques de la forêt en systématisant au passage la communauté des grimpeurs (1) ; certains faisant courir le bruit que les gestionnaires de la forêt prenaient le prétexte des incendies pour mettre en place une réglementation draconienne contre les grimpeurs itinérants afin de limiter l'impact de leur activité, néfaste pour la nature, en gros d’interdire l’accès partout où ils ont ouvert des voies, c’est-à-dire hors des sites officiels d'escalade reconnus par l’ONF (2). Même sur le très utile site Vertige Média, on a eu de l'imagination. En effet, j’ai pioché cela dans une des pages de Vertige Média qui dit à propos de « notre maison a brûlé », c’est-à-dire des incendies qui ont ravagé plus de deux mille hectares de forêt de Fontainebleau. « C’est bien connu : à la désolation succède la colère. Aujourd’hui, elle est immense. Et il va bien falloir réfléchir à celles et ceux contre qui la diriger. »

La direction est toute trouvée, puisque, au-dessus de ces phases, il est dit : « Le drame de Fontainebleau est la conséquence d’une politique de la terre brûlée. Au-delà des responsabilités individuelles accablantes, n’oublions jamais que les flammes ne sont pas seulement dues à une étincelle, mais à une succession de renoncements qui fait partir en fumée le droit de vivre sur une planète habitable. N’oublions pas que, chaque jour, des choix politiques plombent un peu plus nos chances de pouvoir profiter des espaces que nous avons tant aimés. »

Que des affirmations présentées comme des vérités, construites par les uns et les autres avec un peu trop de sous-entendus, comme si la volonté des porte-plumes et des porte-drapeaux qui ont écrit leurs lignes à chaud était de mettre en route les imaginations justement. Ce pluriel car on n’imagine pas tous la même réalité en fonction des psychologies, des défiances diverses, des a priori de chacun. Et puis, il y a aussi des gens, très nombreux heureusement, qui n’imaginent rien, ils veulent juste savoir où est la vérité, entremêlée dans cette cacophonie infernale d’affirmations contradictoires, de dénonciations masquées, d’injonctions d’obéissance aux règles de savoir-être clamées haut en public, qui n’ont servi qu’à mettre de l’huile sur le feu.

Rappelons que les forêts domaniales des Trois Pignons et de Fontainebleau sont des propriétés privées de l'État et qu'elles sont gérées par l'ONF. Autrement dit par des femmes et des hommes, des citoyennes et des citoyens qui sont tout autant que nous désolés, abasourdis, malheureux des destructions et qui doivent en plus, par leur métier de responsables, gérer la situation, s'efforcer de ne pas faire attention aux bruits désolants qui courent. C'est aussi un sale coup pour les agents. Et puis, ils ne sont pas seuls à décider.

Pour le moment, quatre-vingts pour cent du massif de Fontainebleau est ouvert. (Cette décision après concertation des acteurs engagés tels que les maires des communes concernées, l’ONF, l’Office français de la biodiversité, le service départemental d'incendie et de secours, le conseil départemental, la direction départementale des territoires, la police et la gendarmerie nationales de Seine-et-Marne). Si la plupart de ceux-ci sont interdits, c’est simplement pour des raisons sécuritaires. « Cette fermeture partielle s’inscrit dans une volonté de sécurisation. « La zone sinistrée représente en effet un grand danger par la chute potentielle d’arbres, la fragilité des sols, le risque de reprises de feu » : peut-on lire dans le communiqué annonçant la réouverture partielle du massif de Fontainebleau à partir du 22 août. Ce qui se profile, et il n'y a rien d’autre à imaginer, c'est que les zones sinistrées seront fermées pour au moins une période d’un an. Mais qu’en revanche certains sites épargnés par le désastre situés dans la zone tampon de sécurité, nous le parions, seront rouverts aux grimpeurs d'ici peu. Non, il n'y a pas de complot à imaginer. L'interdiction actuelle est nécessaire, donc raisonnable. L'avenir proche nous le prouvera.


Partie rédigée 22 juillet et légèrement révisée ensuite.

L’autre réalité, rarement remarquée et pour l’instant évoquée par personne, c’est que les grimpeurs ne sont pas tous égaux. Les grimpeurs itinérants, ceux qui grimpent partout où il y a voies de haut niveau dites « hors pistes », ont en réalité retrouvé presque tout leur terrain de jeu, alors que les grimpeurs qui pratiquent uniquement dans les sites officiels équipés de circuits, car c'est seulement dans ceux-ci que la plupart trouvent à grimper à leur niveau, eux ont vu leur terrain de jeu se réduire de plus de la moitié. Cependant, face à cette réalité, la majorité des grimpeurs « désavantagés » comprennent et approuvent les décisions en toute confiance. Ils savent que les sites épargnés par les incendies seront rouverts bientôt. Je parle des sites dans lesquels il y a des circuits : ces fameux circuits d’escalade bien utiles, mais qui, malheureusement, ne se régénèrent pas tous seuls. Ces fameux circuits, dont beaucoup ont été abîmés par la chaleur des flammes. Quel avenir allons-nous donner demain à ceux-là ? Nous l’avons dit un peu plus haut, nous le savons tous, un jour, les grimpeurs pourront y revenir… Un jour dans un avenir plus ou moins lointain, il faudra préparer, en accord avec l'ONF, la réouverture des sites « officiels » aux grimpeurs. C’est-à-dire, il faudra auparavant prévoir la résurrection des circuits abîmés ou disparus, du moins les plus utiles. Comment, avec quel moyen et avec qui faire ce travail ? Autour de quelle organisation volontaire et fiable ? Telles seront les questions auxquelles il faudra répondre à un moment ou à un autre. Questions que les vieux bénévoles indépendants et un brin fatigués se posent déjà. C’est qu’il faut voir aussi, c’est qu’ils ont le sentiment que les incendies ont précipité ce qui apparaissait inévitable dans un avenir à plus ou moins proche : la disparition irrémédiable et progressive des circuits. En effet, indépendants ou cosiroriens, les volontaires à la maintenance des circuits sont de plus en plus rares, le petit nombre encore actif étant pour la majorité « des plus de soixante-dix ans » et qui, le temps passant, deviennent de plus en plus vieux, avec pas de relève jeune en vue. Aussi, doit-on se hasarder à compter encore sur eux, dans un ou deux ans, pour régénérer les dizaines de circuits abîmés par les incendies ? Eux escomptent sur une prise de conscience.Imaginons que cette prise de conscience ait lieu, de nouveaux volontaires, évidemment bénévoles, se présentent pour les repeindre. Est-il simplement souhaitable de les reconduire tous ? Je pense qu’avant toute action, il faut mesurer l’utilité sportive et sociale de chacun. Éviter les initiatives entre soi et « comme je l'entends ». Vu l'immense travail, la première œuvre serait de réunir les volontaires et les gestionnaires, et au moment opportun, de répartir les tâches selon un calendrier approprié et réalisable. Considérant l'expérience du passé, il s'impose de mettre au point un protocole d’actions, et aussi d'utiliser enfin de bons produits pour que la production soit réellement durable et de qualité. En effet, les produits utilisés actuellement étant souvent d’application délicate et dont la durée de persistance est courte. Faut-il continuer à repeindre tous les deux ans, les mêmes circuits, voire tous les ans à croire les bilans annuels des actions menées par les uns et les autres ? Cela pour pouvoir à l’utilisation de mauvais produits et parfois appliqués sans avoir préalablement préparé convenablement le support ? C'est une évidence, il faut éviter l’improvisation, reproduire les erreurs d’hier. J'ai la conviction qu'il faut d'abord étudier tous ensemble les projets de reprise avant d’agir, consulter tous les partenaires, écouter et considérer les suggestions des uns des autres, donc celle-ci, avant d'intervenir hâtivement sur le terrain « en toute lenteur dans l’action » Je dis cela pour avoir, avec étonnement, constaté cette lenteur "organisée". Plus que jamais, il faudra éviter que les interventions épisodiques s'étalent sur des mois, et aboutissent de temps en temps à l'abandon des travaux, alors que, bien préparée, la reprise de chaque circuit peut être achevée en deux ou trois après-midis. Mais voilà...

Notes : 

1) Je n'ai pas de quoi jauger la sincérité affective de ces personnes pour la forêt, mais j’ai bien peur que ce drame puisse devenir pour l'une ou deux d'entre elles le tremplin opportun pour accéder à peu près à toutes les places en vue à la portée de leurs ambitions. Mon inquiétude, c’est que souvent, l’appropriation de toutes les situations dominantes est a priori autoritaire si la perchée ou le perché sur les hauts sièges parle beaucoup et n’écoute personne. C’est un problème quand elle s’exprime au nom de tous les gens qu’elle pense représenter alors qu’il y a désaccord. C’est un problème quand cela concerne l'avenir de ce qui appartient à tous.

2) Voir l'appel "pour une forêt vivante et libre" publié dans la revue : Grimper : https://www.grimper.com/news-appel-fontainebleau-foret-vivante-libre.

3) Au lendemain de la rédaction de ces lignes, l’ONF a annoncé la réouverture des cinq sites d’escalade situés en bordure de la route d’Arbonne. Les grimpeurs n’auront pas eu beaucoup à attendre. Ceux qui ont prédit le blocage, la mise en place d’une politique de restriction à l’aide de plusieurs mesures difficiles à accepter, vont-ils reconnaitre qu’ils se sont trompés ou dire que c’est grâce à leur réactivité que la direction de l’ONF, impressionnée, a renoncé à mettre en place leur plan secret ? 

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